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La théorie keynésienne :
le rôle du système bancaire

Le rôle du système bancaire

Un rôle fondamental

Pour comprendre la spécificité du système bancaire, il est nécessaire de se placer dans la séquence logique du fonctionnement d'une économie de production.

À l'origine, il n'y a rien sinon les ressources naturelles, tout commence avec la nécessité pour les hommes de produire de la richesse et, pour cela, de s'unir. Le rôle du système bancaire est d'aider les hommes à travailler ensemble en garantissant les contrats qu'ils passent, c'est-à-dire, dans une économie libérale, en finançant les entrepreneurs afin que les salariés acceptent de travailler pour eux.

L'un des problèmes fondamentaux de toute économie est que la production prend du temps, les hommes doivent travailler avant de pouvoir profiter du fruit de leurs efforts et, de plus, ils ne sont jamais certains du résultat. Par exemple, dans l'agriculture, il faut d'abord préparer la terre, semer, attendre et, si la nature a été clémente, récolter avant de pouvoir profiter de son travail.

Dans une économie moderne où les entreprises emploient des salariés, d'une part les salariés n'acceptent généralement pas d'attendre la fin du processus de production pour être payés, d'autre part ils ne veulent pas non plus être payés en biens ou services produits par l'entreprise mais en monnaie afin de pouvoir acheter ce qu'ils veulent, quand ils veulent. Le rôle du système bancaire est de permettre aux entreprises de payer leurs salariés indépendamment du déroulement et du résultat de leur processus de production.

Le crédit bancaire

Lorsqu'une entreprise veut entreprendre un projet de production, elle s'adresse à une banque qui lui accorde un crédit, c'est-à-dire qui lui remet de la monnaie en contrepartie de l'obligation de la lui rendre à une date donnée. En fait, la monnaie n'est pas préexistante au crédit car, dans une économie moderne, la monnaie se présente avant tout comme un compte courant ouvert auprès d'une banque.

Commençons par considérer le système bancaire comme composé d'une banque unique. On peut décomposer le processus en quatre phases :

Pendant les trois premières phases, de la monnaie détenue par l'entreprise ou ses salariés, il y a donc bien eu création monétaire à l'occasion du crédit.

Lorsque le crédit a été remboursé, aucun agent ne détient plus de monnaie. Le remboursement du crédit à la banque correspond donc à une destruction de monnaie.

On voit ainsi que, contrairement à ce qui est souvent dit, les banques ne jouent pas un rôle d'intermédiaire entre ceux qui veulent prêter de la monnaie et ceux qui veulent en emprunter, elles créent la monnaie et jouent un rôle actif, aucune économie moderne ne peut vivre sans elles.

L'exemple présenté ci-dessus est, bien entendu, extrêmement simplifié. Dans la réalité, l'entreprise ne paye pas uniquement des salaires mais aussi des intérêts à la banque et des dividendes à ses actionnaires, mais cela ne change en rien la logique du système.

Banques et échanges

L'une des principales fonctions de la monnaie est celle d'intermédiaire des échanges. C'est elle qui a permis le développement d'un marché diversifié sur lequel de nombreux intervenants peuvent s'échanger de multiples produits. Pour le comprendre, nous pouvons partir d'un exemple caricatural.

Éric a une pomme mais il veut une orange, Aline a une orange mais elle veut une poire, Laure a une poire mais elle veut une pomme. Aucun échange ne peut avoir lieu car les besoins des uns et des autres ne sont pas directement complémentaires.

L'introduction de la monnaie va permettre de résoudre le problème. La banque prête de la monnaie à Éric, avec sa monnaie Éric peut acheter l'orange d'Aline, puis avec la monnaie qu'elle vient de recevoir, Aline peut acheter la poire de Laure, ce qui permet à Laure d'acheter la pomme d'Éric. Éric peut alors rembourser la banque.

Il est important de comprendre à quelle condition le marché peut fonctionner. La monnaie n'ayant pas de valeur par elle-même, ce que veulent les intervenants sur le marché, c'est pouvoir échanger des produits de même valeur. Si un intervenant accepte de céder un produit ayant une réelle utilité en échange de monnaie qui n'en a pas, c'est qu'il pense pouvoir utiliser cette monnaie pour acquérir un produit de valeur égale. Or, celui qui reçoit de la monnaie de la banque peut acquérir un produit sans rien offrir en échange. Il n'offrira à son tour un produit que s'il est obligé de rembourser à la banque la monnaie qu'elle lui a prêtée.

Dans notre exemple, Éric est obligé de vendre sa pomme à Laure pour se procurer la monnaie qui lui permettra de rembourser la banque. S'il n'était pas obligé de rembourser la banque, il n'aurait pas de raison de céder sa pomme à Laure qui se retrouverait alors avec de la monnaie sans valeur, c'est-à-dire, en quelque sorte, volée.

Ainsi, la condition essentielle pour que la monnaie émise par le système bancaire puisse être utilisée comme intermédiaire des échanges est que les banques imposent strictement le remboursement des crédits qu'elles ont accordés.


La trappe de liquidité

Pour Keynes, le taux d'intérêt résulte d'un arbitrage entre le désir de posséder de la monnaie et celui de posséder des titres. Il montre, en particulier, que le taux d'intérêt évolue en fonction inverse de la masse monétaire du fait du motif de spéculation. Celui-ci résulte des anticipations, une personne détenant des titres ayant intérêt à les vendre si elle pense que leur cours va baisser, c'est-à-dire si elle anticipe une hausse des taux d'intérêt, inversement, une personne anticipant une hausse des cours des titres, c'est-à-dire une baisse des taux d'intérêt, a intérêt à acheter des titres.

Le marché des titres, c'est-à-dire également le taux d'intérêt, s'équilibrera lorsque l'offre de ceux qui anticipent une hausse des taux d'intérêt sera équilibrée par la demande de ceux qui anticipent une baisse des taux.

Quand les taux baissent et se rapprochent de zéro, un double phénomène va se produire :

Dans ces conditions, une émission massive de monnaie par le système bancaire peut s'avérer insuffisante pour rendre attractive aux yeux des ménages l'offre de titres des entreprises. L'investissement ne pourra alors pas atteindre un niveau compatible avec le plein-emploi et l'insuffisance de la demande en biens et services risque de se traduire par de la déflation.

Le risque

La question du risque est centrale dans les projets de production. Un projet de production n'est jamais certain d'atteindre ses objectifs et ceux qui l'ont financé risquent de subir des pertes. L'un des moyens les plus simples pour se prémunir contre ces pertes est de demander au responsable du projet, c'est-à-dire l'entrepreneur, de fournir des garanties permettant de les couvrir.

Cette pratique a deux conséquences principales, d'une part elle fait porter le risque lié au projet sur le seul entrepreneur, d'autre part elle limite le nombre d'entrepreneurs potentiels puisque seuls ceux qui sont suffisamment riches peuvent se lancer dans des projets de production. Il existe cependant un autre moyen de se prémunir contre les risques.

Une banque peut généralement estimer le risque de pertes associé à un projet de production, c'est-à-dire que sur l'ensemble des projets qui lui sont proposés, elle peut statistiquement estimer une perte globale. Par exemple, la banque peut estimer que, pour un certain projet, elle a un risque de 3% de perte, c'est-à-dire que, statistiquement, elle estime que si elle prête 100, elle se fera rembourser seulement 97. Cela signifie que l'entrepreneur qui a reçu 100 de monnaie n'a fourni en contrepartie qu'un bien valant 97 et que de la monnaie pour une valeur de 3 a été émise sans contrepartie réelle.

Pour éviter ce problème, la banque va incorporer une prime de risque de 3% au taux d'intérêt qu'elle demande à son client. Par exemple, si le taux d'intérêt sans risque est de 5% sur le marché, la banque accordera un crédit à son client à un taux de 8% dont 5% correspondent à sa rémunération et 3% à la prime de risque.

Ainsi, la banque a créé 100 de monnaie en accordant son crédit, elle en a détruit 8 en recevant les intérêts. Son résultat est égal à la différence entre les intérêts reçus, c'est-à-dire 8, et sa perte de 3 subie sur ses crédits, il est donc de 5. Ce résultat de 5 est redistribué aux ménages sous forme de dividendes, ce qui accroît la masse monétaire d'autant. Sur l'ensemble du processus, la banque a créé 100 − 8 + 5 = 97 de monnaie, ce qui correspond à la richesse effectivement créée.

Dans sa théorie générale Keynes fait référence au taux d'intérêt sans risque.

L'organisation du système bancaire

Un système à deux niveaux

Le système bancaire n'est jamais composé d'une banque unique mais de plusieurs banques que l'on peut regrouper en deux catégories :

Pour comprendre l'articulation entre ces deux types de banques, nous pouvons partir d'un exemple simplifié où le système bancaire est composé uniquement d'une banque centrale et d'une banque de dépôts. Supposons que, initialement, la banque centrale accorde des crédits, par exemple à l'État pour qu'il puisse payer les salaires de ses fonctionnaires. Il ne s'agit là que d'un simple jeu d'écritures mais, pour simplifier l'exposé, nous supposerons que le prêt est accordé sous forme de billets.

À l'issue de cette première phase, la banque centrale dispose d'une créance sur l'État qui doit apparaître à l'actif de son bilan. En contrepartie, elle doit inscrire à son passif un montant correspondant à la monnaie émise. Il peut paraître étonnant de faire apparaître des billets au passif d'un bilan car ils ne constituent pas réellement une dette au sens habituel du terme.

Cette inscription a d'abord une origine historique puisque, autrefois, la monnaie était gagée sur l'or, c'est-à-dire que la banque centrale était tenue de rembourser les billets en or sur simple demande. D'un point de vue comptable, l'inscription au passif de la monnaie émise se justifie principalement par l'engagement pris par la banque de céder sa créance à l'échéance, ce qui fait apparaître l'émission monétaire comme une simple opération d'échange de créances, ou plus précisément, comme un prêt croisé de créances, la banque centrale prêtant des billets et l'État prêtant un bon du Trésor.

Supposons que la valeur de la monnaie émise à l'occasion du prêt à l'État soit de 1000 et que cette somme soit intégralement dépensée sous forme de salaires. Les ménages disposent alors d'une valeur de 1000 en billets mais ils peuvent décider d'en déposer une partie, par exemple 800, sur leurs comptes courants dans une banque de dépôt. À l'issue de cette deuxième étape, les ménages, qui sont les seuls détenteurs de monnaie en dehors du système bancaire, en détiennent 200 sous forme de billets et 800 sous forme de comptes courants. Les bilans des différents intervenants se présentent à ce moment de la manière suivante :

Banque centrale
ActifPassif
Créance1000 Billets1000

Banque de dépôts
ActifPassif
Billets800 Dépôts800

Ménages
ActifPassif
Billets
Dépôts
200
800
  

Pour la banque de dépôts, les dépôts constituent bien des dettes car, à tout moment, les déposants peuvent demander à être remboursés en billets émis par la banque centrale. Mais, si les déposants sont suffisamment nombreux, la loi des grands nombres peut jouer et l'expérience des banquiers leur apprend que, statistiquement, les déposants ne retirent jamais tous en même temps leurs avoirs. La banque de dépôts constate donc que la valeur des billets qu'elle détient ne descend jamais en-dessous d'un seuil minimum et qu'elle peut donc prêter des billets pour un montant inférieur à ce seuil, et cela même si les billets ne lui appartiennent pas. En cas de retraits supérieurs aux prévisions, elle pourra normalement se refinancer auprès de la banque centrale.

Supposons donc que la banque de dépôts qui dispose de 800 en billets en prête 200 à une entreprise. Pour chaque ménage pris individuellement rien n'a changé car il peut toujours, à tout moment, utiliser son compte pour effectuer ses paiements. Globalement, les ménages possèdent donc encore 1000 en monnaie dont 800 sur leurs comptes courants et 200 en billets. Mais, à l'issue de ce prêt, les entreprises possèdent également 200 de monnaie sous forme de billets, si bien que la masse monétaire, c'est-à-dire la monnaie détenue par des agents autres que les banques, est passée de 1000 à 1200. Il y a donc eu création monétaire.

Les bilans des différents intervenants se présentent alors comme suit :

Banque centrale
ActifPassif
Créance1000 Billets1000

Banques de dépôts
ActifPassif
Billets
Créance
600
200
Dépôts800

Ménages
ActifPassif
Billets
Dépôts
200
800
  

Entreprises
ActifPassif
Billets200 Créance200

Si l'on regrouper les bilans de l'ensemble des banques, on obtient :

Banques
ActifPassif
Créances
Billets
1200
600
Billets
Dépôts
1000
800

En consolidant, c'est-à-dire en regroupant et en simplifiant ce qui peut l'être on obtient :

Banques
ActifPassif
Créances1200 Billets
Dépôts
400
800

Les dépôts des ménages dans leurs banques et les crédits que celles-ci accordent aux entreprises peuvent donner l'illusion que les banques ne sont que de simples intermédiaires. Mais, globalement, au niveau macroéconomique, la monnaie, n'est rien d'autre que la contrepartie des créances acquises par le système bancaire auprès de l'État, des entreprises et même des ménages. Elle est donc, indirectement, un titre de propriété indifférencié sur une part des actifs possédés par les agents financés par les banques, la valeur de la monnaie étant directement liée à la valeur de ces actifs.

Puisque la quasi-totalité des agents économiques sont, au moins partiellement, financés par les banques, la monnaie représente un titre de propriété indifférencié sur une part de l'économie, plus précisément sur un panier constitué de parts des patrimoines des différents agents, chaque agent pesant pour un montant égal à celui des crédits bancaires qu'il a contractés.

Les banques de dépôts créent directement de la monnaie

L'exemple que nous venons de présenter permet de comprendre simplement comment une banque de dépôts peut créer de la monnaie. Cependant, aujourd'hui, les banques de dépôts créent directement la monnaie en accordant des crédits. En effet, lorsqu'elles accordent un crédit, les banques de dépôts ne prêtent pas des billets de la banque centrale, mais elles ouvrent à leurs clients des comptes courants qu'elles créditent du montant correspondant aux crédits qu'elles ont accordés.

Pour comprendre le mécanisme de création monétaire par les banques de dépôts, nous pouvons partir d'un exemple où le système bancaire serait composé de deux banques de dépôts et d'une banque centrale. Nous supposerons que la banque de dépôts "A" accorde un crédit de 3000 à l'entreprise 1 en lui ouvrant un compte courant. Puis nous supposerons que l'entreprise 1 utilise son crédit pour payer 2000 à l'entreprise 2 qui a un compte courant à la banque "A" et 1000 à l'entreprise 3 qui a un compte courant à la banque "B".

Phase 1 : la banque de dépôts A accorde un crédit à son client

À la fin de cette phase les bilans des deux intervenants se présenteront ainsi :

Banque de dépôts A
ActifPassif
Créance sur l'entreprise 1 3000 Compte courant entreprise 1 3000

Entreprise 1
ActifPassif
Compte courant A 3000 Dette envers A 3000

Phase 2 : l'entreprise 1 paye les entreprises 2 et 3

À la fin de cette phase les bilans des différents intervenants se présenteront ainsi :

Entreprise 1
ActifPassif
Compte courant A 0 Dette envers A 3000

Entreprise 2
ActifPassif
Compte courant A 2000   

Entreprise 3
ActifPassif
Compte courant B 1000   

Banque de dépôts A
ActifPassif
Créance sur l'entreprise 1 3000 Compte courant entreprise 1
Compte courant entreprise 2
Dette envers la banque B
 0
 2000
 1000

Banque de dépôts B
ActifPassif
Créance sur la banque A 1000 Compte courant entreprise 3 1000

Lorsque l'entreprise 1 paye l'entreprise 3, la banque "A" demande à la banque "B" de créditer le compte de l'entreprise 3 et, en contrepartie, elle demande à la banque "B" de lui accorder un crédit d'un montant égal. Ainsi, la banque "A" recevra de l'entreprise 1 des intérêts pour le crédit de 3000 qu'elle lui a accordé mais elle devra payer à la banque "B" des intérêts pour le crédit de 1000 qu'elle lui a accordé.

Si l'une des entreprises décide de retirer de son compte de l'argent sous forme des billets, c'est-à-dire de monnaie émise par la banque centrale, alors la banque de dépôts demandera un crédit à la banque centrale ou lui vendra une partie des titres qu'elle détient.

Auteur : Francis Malherbe







 








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